Dewar parle du Congo
En avril dernier, j’ai eu la chance unique de me rendre en République démocratique du Congo (CD). Un des 12 membres du Groupe parlementaire multipartite de la délégation, j’ai rencontré des personnalités locales et des membres de la société civile à l’occasion de visites et d’évaluations de divers projets parrainés par la Banque mondiale. Le programme prévoyait une visite de Kinshasa et des environs. Nous nous sommes rendus sur le site de divers projets, comme un dispensaire, des marchés et le barrage d’Inga.
Au fil de ma visite, j’ai constaté trois choses: tout d’abord, que le Congo est d’une grande beauté et très riche en ressources naturelles; ensuite, que ce pays appauvri, tourmenté et dans une situation tragique souffre de l’héritage colonialiste et des impératifs géopolitiques actuels; enfin, que les puissances moyennes, comme le Canada, sont tout à fait à même de lui venir en aide.
Riche en minéraux et doté de terres fertiles, le Congo a un vaste potentiel de richesse. Il compte parmi les pays les plus riches en ressources naturelles d’Afrique, mais demeure l’un des plus pauvres et des moins sûrs au monde. La dégradation de l’environnement et les pratiques non durables sont courantes dans tout le pays. Dans les provinces de l’Est d’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud Kivu, divers groupes armés et milices financent une rébellion constante grâce aux profits tirés d’industries d’exploitation illégale des ressources.
Par exemple, il semblerait que les belligérants aient trouvé dans l’extraction et le commerce illégal du coltan, entre autres, une source de revenu essentielle. Selon la plupart des estimations, 64 % du coltan utilisé dans le monde proviennent de ces provinces de l’Est. Le coltan, ou colombo-tantalite, minerai à partir duquel on extrait le colombium (souvent appelé nobium) et le tantale, sert notamment dans la fabrication des téléphones mobiles, BlackBerrys, Playstations et autres appareils électroniques. Il faut ajouter que les milices qui profitent de ce commerce illégal sont également accusées de violences sexuelles systématiques et répandues contre les femmes et les enfants.
À de multiples reprises, les Nations Unies ont exhorté les puissances moyennes à fournir un soutien financier et militaire à la mission de maintien de la paix des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC). Et pourtant, nous avons fait la sourde oreille et ignorons le Congo. Je sais que mon pays a détourné les yeux lorsque le Rwanda a envahi le Congo pour y arrêter le général Laurent Nkunda en janvier 2009. C’est là un bel exemple de l’héritage colonial et des motifs géopolitiques qui contribuent à l’instabilité et à la crise économique dans la région.
Lors de cette visite, j’ai appris que les pays occidentaux doivent éviter les comportements colonialistes et commencer à traiter la République démocratique du Congo comme un partenaire commercial sur un pied d’égalité. Le gouvernment congolais a certes pour responsabil de surveiller les compagnies minières qui relèvent de sa compétence, mais les pays occidentaux dont les enterprises font affaire avec le Congo doivent de leur côté insister sur le respect des principes de responsabilité sociale enterprise (RSE). Les enterprises minières canadiennes, par exemple, disposent de 865 million de dollars en actifs miniers au Congo. Si les pays occidentaux faisaient respecter les pratiques de RSE, nous pourrions être sûrs de ne pas avoir de sang sur nos mains et de ne pas contribuer à un pillage néo?colonialiste.
Malgré l’abondance de ressources naturelles, l’aide étrangère et un gouvernement « démocratique », l’économie congolaise s’est quasiment effondrée. Le PIB par habitant a chuté de 224 $ à 136 $ entre 1990 et 2006. En 2008, le Congo s’est classé 177 sur 179 selon l’indice du développement humain du PNUD. Lors de notre visite dans la ville portuaire de Matadi, nous avons pu avoir un aperçu de cette extrême pauvreté.
Cette visite sur le terrain a montré en fin de compte que, si le gouvernement congolais a un rôle important à jouer, les puissances moyennes sont tout à fait en mesure d’aider à consolider les institutions gouvernementales et à appuyer les projets de développement sur petite échelle. Ces initiatives doivent être abordées sous l’angle de la réconciliation après?conflit et de la prévention des conflits.
Il faut noter surtout que les microprojets que la délégation est allée voir, comme un dispensaire, un marché et une école pour les femmes, sont de petits pas dans la bonne direction. Ces projets permettent d’améliore la qualité de vie de ceux qu’ils ciblent, mais il leur faut davantage de ressources.
Globalement, cette visite sur le terrain nous a permis de constater ce que les puissances moyennes peuvent et doivent faire :
- Contribuer à la mission de maintien de la paix des Nations unies en accordant des ressources financières et militaires
- Agir contre les violences sexuelles et aider au respect des résolutions 1325 et 1820 des Nations unies
- Suivre les activités des compagnies minières au Congo et adopter des méthodes de RSE afin de protéger les droits de la personne et l’environnement
- Changer les lois sur les brevets ainsi que celles sur les aliments et les médicaments pour qu’il soit plus facile de fabriquer et d’exporter des médicaments contre le VIH/sida et la tuberculose
- Aider à protéger les forêts tropicales humides par la voie de la Convention sur la diversité biologique
Si les puissances moyennes peuvent aider su ces fronts, nous pouvons contribuer à faire enfin cesser les souffrances du peuple. Mon pays en particulier, le Canada, devrait être un chef de file dans ces initiatives. Nous avons déjà été à l’avant?garde du maintien de la paix et du développement international sur la scène internationale, et le moment est venu pour nous de retrouver cette place aux chapitres du développement économique responsable et de la résolution des conflits. Qui pourrait dire le contraire?
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