27/05/09 La Banque Mondiale Manque à Ses Obligations Envers l’Afrique

PUBLICATION:  The Ottawa Citizen
DATE:  2009.05.27
PAGE:  A13
PAR: Paul Dewar

Comment la Banque mondiale manque à ses obligations envers l’Afrique

Dernièrement, on a évalué les programmes que la Banque mondiale offre en matière de soins médicaux, de nutrition et de population, et les notes n’ont pas été reluisantes. Selon le Groupe d’évaluation indépendante de la Banque (IEG), les trois quarts des programmes sanitaires que la Banque mondiale met en place en Afrique ne donnent pas les résultats escomptés. Même si l’on ne peut que féliciter la Banque d’avoir fait preuve de transparence en diffusant ce rapport, on ne peut fermer les yeux sur les constatations que ce dernier renferme.

Après avoir analysé les programmes de la Banque mondiale en matière de santé, de nutrition et de population sur une période de 10 ans, l’IEG a constaté qu’un tiers des programmes de prêts dans le domaine de la santé n’étaient pas satisfaisants. En Afrique, 75 % des programmes de soins médicaux ne donnent pas les résultats attendus. Selon le rapport, cela est attribuable au fait que les objectifs ne sont pas adaptés, les projets mal conçus et les cibles irréalistes, et que l’on est incapable de mesurer l’efficacité des interventions.

Outre le fait que les programmes en matière de soins médicaux sont inefficaces, des milliards de dollars sont gaspillés et des millions de gens meurent du sida, du paludisme, de la tuberculose, de pneumonie et d’autres maladies évitables. Et, selon le rapport, parce la Banque préfère accorder des prêts plutôt que des dons, les pays à faible revenu qui souffrent déjà de la crise économique s’endettent pour bénéficier de programmes mal adaptés et inopérants.

Pourquoi nous en soucier? La Banque mondiale est le plus important organisme de développement au monde. Ses politiques et ses projets ont une incidence directe sur la vie de millions de gens dans les pays en développement un peu partout au monde. Le Canada lui verse à lui seul des centaines de millions de dollars chaque année. En 2007, notre contribution a atteint un niveau record, soit 1,2 milliard de dollars sur trois ans. Ceci représente un dixième environ de notre budget annuel d’aide.

Avec une délégation parlementaire, je me suis rendu récemment en Afrique, où j’ai pu me rendre compte par moi-même des résultats des programmes que la Banque mondiale met en place dans le domaine de la santé. Tout n’est pas noir – nous avons vu des projets de développement qui fonctionnent, comme un dispensaire où il est possible de se faire tester pour le VIH/sida et un centre de distribution de médicaments qui sauve bien des vies. Nous avons également pu prendre connaissance d’un projet qui appuie l’indépendance financière des femmes en les aidant à fonder leurs propres petites entreprises, notamment en vendant des fruits, des céréales et des légumes au marché.

Les projets qu’il faut contester ou remanier sont en général de plus grande envergure, comme celui du barrage d’Inga. Il s’agit d’un mégaprojet qui fournira de l’énergie hydroélectrique à un grand nombre de pays voisins. Il s’agit d’une entreprise louable, mais il faut se demander si les millions de dollars qui sont dépensés réduiront effectivement la pauvreté du peuple congolais. Aujourd’hui, je me rends compte que les réussites dont j’ai été témoin sont l’exception et non la règle.

Si l’on mesure le succès au nombre de vies sauvées, nous devons viser des solutions fondées sur les résultats, éprouvées et économiques, qui réussissent à éviter souffrances et morts inutiles. Nous ne pouvons nous permettre d’injecter des fonds dans un organisme qui ne rend pas compte de ses actes, en espérant que tout ira bien. Selon le rapport de l’IEG, les programmes de réforme du secteur de la santé ont été parmi les moins performants, mais 89 % des programmes portant sur les maladies infectieuses (comme le paludisme et la tuberculose) ont donné de bons résultats. C’est probablement parce que nous savons comment fonctionner dans ces secteurs et mesurer les résultats.

Il faut tenir la Banque mondiale responsable de ses actes et de la manière dont sont dépensées les énormes sommes que nous investissons dans l’aide à l’étranger. Concrètement, je compte demander à nos directeurs exécutifs à la Banque mondiale de témoigner devant le Comité permanent des affaires étrangères pour expliquer les dérapages et comment remédier aux problèmes.

Il reste un peu plus de cinq avant la date butoir fixée pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, et nous devons donc veiller à ce que les efforts visant à améliorer la santé et la qualité de vie des plus démunis au monde ne soient pas gaspillés. La Banque mondiale doit appuyer des programmes de santé qui fonctionnent, sont axés sur les résultats et mesurent les progrès sous l’angle du nombre de vies épargnées.

Paul Dewar est député d’Ottawa Centre et le nouveau porte-parole du Parti néo-démocrate en matière d’affaires étrangères. Il s’est rendu en République démocratique du Congo en sa qualité de président du Groupe parlementaire multipartite pour la prévention du génocide et d’autres crimes contre l’humanité.