11/06/09 Hansard Révisé: RDC

40e LÉGISLATURE, 2e SESSION

HANSARD RÉVISÉ • NUMÉRO 073

Le jeudi 11 juin 2009

La République démocratique du Congo

Mme Joy Smith (Kildonan—St. Paul, PCC):

Monsieur le Président, aujourd’hui, plus de 100 Congolais, hommes et femmes, se sont rassemblés ici afin de rencontrer des parlementaires. Beaucoup d’entre eux ont été victimes de terribles violences, dont des violences sexuelles.

Les femmes sont les victimes d’une effroyable guerre dont le viol constitue une arme. Les actes innommables de violences sexuelles exercées contre les femmes doivent cesser en République démocratique du Congo.

Notre gouvernement a contribué à hauteur de 15 millions de dollars sur quatre ans au projet sur la violence sexuelle. À ce projet participeront d’autres organismes internationaux et organisations non gouvernementales et la République démocratique du Congo. Les fonds octroyés par le gouvernement vont aller à deux des provinces les plus touchées en RDC et permettront de fournir des services directs à quelque 15 000 victimes de violences sexuelles. Le projet englobe toutes les facettes du problème: les soins médicaux, l’aide psychologique, les problèmes socio-économiques et l’accès à une justice civile.

Nous encourageons tous les partis à la Chambre de continuer à appuyer les efforts du gouvernement du Canada dans sa lutte contre la violence sexuelle.

La République démocratique du Congo

M. Justin Trudeau (Papineau, Lib.):

Monsieur le Président, aujourd’hui, au Parlement, une centaine de femmes congolaises sont en visite. La guerre au Congo a été baptisée comme étant la guerre contre les femmes. Durant cette guerre civile, le viol a été utilisé systématiquement contre des dizaines de milliers de mères, de filles, de grand-mères, de femmes. Il y a un an, l’ONU a demandé au Canada de prendre les commandes d’une mission de paix au Congo, mais le gouvernement conservateur a refusé. Robert Fowler a alors posé la question que je répète maintenant.

Pourquoi le Canada a-t-il laissé tomber son rôle de défense de la paix dans le monde?

L’hon. Lawrence Cannon (ministre des Affaires étrangères, PCC):

Monsieur le Président, le député se trompe. Sa prémisse est inexacte. Nous avons travaillé et nous travaillons avec d’autres pays comme le Canada, similaires et semblables au Canada, pour s’assurer que l’on puisse amener la stabilité dans ce pays. Nous sommes intervenus pour arrêter la violence faite aux femmes et trouver un système qui apporte la paix dans cette région. Nous agissons pour le bien-être des gens de la République démocratique du Congo.

LE SÉNAT

Le jeudi 11 juin 2009

Son Honneur le Président : Honorables sénateurs, nous accueillons aussi un important groupe de distingués visiteurs de la République démocratique du Congo. Il s’agit d’une délégation de 100 Canadiennes d’origine congolaise provenant des communautés de Montréal, de Toronto, d’Ottawa et de Gatineau.

Encore une fois, au nom de tous les honorables sénateurs, je souhaite à ces Canadiennes d’origine congolaise la bienvenue au Sénat du Canada. Vous êtes vraiment les bienvenues.

Des voix : Bravo!

Le viol et la violence en République démocratique du Congo

L’honorable Mobina S. B. Jaffer : Honorables sénateurs, la guerre qui afflige la République démocratique du Congo a été appelée la guerre contre les femmes. En huit ans de guerre civile, on a utilisé contre des dizaines de milliers de femmes le viol comme arme de guerre à une échelle que le monde n’avait encore jamais vue. Les femmes victimes de ces viols sont physiquement ravagées, émotivement terrorisées et financièrement appauvries. Cette guerre a fait plus de cinq millions de morts depuis 1998. C’est plus que tout autre conflit depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ce mois-ci, cela fera un an que les Nations Unies ont demandé au Canada de diriger la mission de maintien de la paix. Quelle déception de voir notre gouvernement refuser cette occasion d’aide. Nous avons une fière histoire de maintien de la paix et nous avons besoin que le Canada fasse sentir sa présence au Congo. Le Canada est un chef de file mondial en matière de droits de la personne et nous devons nous montrer à la hauteur de notre réputation pour les femmes et les enfants au Congo.

Aujourd’hui, je veux raconter l’histoire d’une Congolaise que j’ai rencontrée et qui a changé ma vie. Elle s’appelle Bernadette. La première fois que la milice a pris d’assaut sa maison, les miliciens ont tué son mari et l’un de ses fils, puis ils ont violé et tué sa fille pendant qu’elle était forcée de regarder la scène. Ce jour-là, Bernadette a aussi été violée. Elle a crié au secours, mais personne n’a répondu à son appel.

La deuxième fois que l’armée congolaise a envahi sa maison, les soldats ont violé et tué sa deuxième fille pendant que Bernadette devait assister à la scène. Bernadette a encore été violée. Elle a crié à l’aide, mais personne n’est venu.

La troisième fois, la milice a envahi sa maison. Heureusement, ses trois autres enfants étaient sortis. Bernadette a encore une fois été sauvagement violée. Cette fois, on lui a mutilé les organes génitaux. Les miliciens lui ont versé du kérosène dans le vagin et l’ont brûlée vive. Même si Bernadette a survécu, elle n’a pas appelé à l’aide cette fois. Elle savait que personne ne répondrait.

Honorables sénateurs, c’était la réalité de bien des femmes qui sont parmi nous aujourd’hui sur la Colline du Parlement. Et pour bien des congolaises, c’est encore la réalité.

Les Canadiens doivent entendre l’appel de Bernadette. Nous avons le devoir de défendre les droits humains, mais nous en avons aussi un autre. Il y a beaucoup d’intérêts miniers canadiens au Congo, dont nous profitons tous. Les téléphones cellulaires que nous utilisons viennent du Congo. Si des entreprises canadiennes exploitent ces ressources, il nous faut un programme pour veiller à ce qu’elles assument leur responsabilité sociale.

Honorables sénateurs, je vous demande de travailler avec moi pour aider les Congolaises comme Bernadette. Les femmes qui sont sur la Colline aujourd’hui sont des Canadiennes. Leurs familles souffrent au Congo. Honorables sénateurs, nous devons agir.

Des voix : Bravo!

L’honorable Eymard G. Corbin : Honorables sénateurs, j’ai eu l’insigne honneur de visiter en 2005, à Goma, au Nord-Kivu, dans la République démocratique du Congo, avec des collègues du Comité des affaires étrangères, une clinique médicale où la principale activité consiste à réparer les corps meurtris de femmes, d’adolescentes et de toutes jeunes filles brutalement violées par des soldats rebelles, des milices errantes, des adolescents et des enfants soldats.

J’ai dit alors que c’était un honneur d’être reçu à cette clinique, et ce, afin de pouvoir témoigner du dévouement humanitaire exemplaire des médecins et du personnel médical africains qui se donnent sans limite à l’exercice de leur expertise professionnelle souvent innovatrice. Hélas, la grande majorité des femmes agressées n’ont jamais pu rejoindre la clinique; elles sont décédées dans d’épouvantables conditions.

Je veux surtout dire aujourd’hui que j’ai eu la douleur de constater à quel point la population de cette région du Congo, en particulier, continue à pâtir de la violence, de la rapine et de l’absence totale de respect du droit. On a parlé de cinq millions de morts. Ce chiffre approximatif ne peut traduire avec précision toute la souffrance, toute la cruauté subie, corporelle et psychique, dont les séquelles perdurent toute la vie.

Les Nations Unies, des dizaines de milliers de forces étrangères présentes sur le terrain, sous l’égide du maintien de la paix, auraient pu intervenir et seraient intervenues s’il y avait eu une volonté de les y autoriser. Cela, je l’ai entendu de la bouche d’un commandant haut-gradé, et, il va sans dire, frustré. Pourquoi ne l’a-t-on pas fait? Qu’est-ce qu’on attend? Pourquoi laisser perdurer tant de cruauté et de misère?

Je m’incline devant les femmes martyres. Jamais je ne pourrai oublier les actes criminels inouïs dont ces femmes furent l’objet et les malheurs de la population en général. Il est difficile, sinon impossible de trouver les mots pour exprimer l’indicible.

Femmes martyres du Congo, je ne vous oublie pas. Je ne peux pas effacer votre souvenir de ma mémoire, peuple du Congo.

L’honorable Consiglio Di Nino : Honorables sénateurs, je veux me joindre au sénateur Corbin et au sénateur Jaffer pour parler d’une chose épouvantable qui perdure, le recours au viol systématique des femmes dans les régions de l’Est de la République démocratique du Congo.

Durant la visite du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international en Afrique dans le cadre de son étude dont est issu le rapport de 2007 intitulé Surmonter 40 ans d’échec, comme les honorables sénateurs ont entendu mon collègue le dire, nous avons rendu visite à des médecins, des infirmières et des bénévoles remarquables dans la ville de Goma, dans l’est du Congo. En réaction au viol systématique et brutal dont sont victimes les femmes, ces professionnels de la santé ont ouvert un hôpital spécialisé dans la reconstruction vaginale. La visite de cet hôpital a provoqué chez moi, — comme chez tout le monde je pense — un immense sentiment de colère et de frustration devant un tel manque d’humanité. Toutefois, après avoir rencontré certaines de ces femmes, j’ai également été frappé par le courage et la détermination dont elles font preuve pour reconstruire leur vie après avoir subi un traitement aussi inhumain de la part des hommes des deux côtés du conflit.

Honorables sénateurs, le sénateur Jaffer nous a rappelé le lien entre les atrocités commises actuellement contre ces femmes et la fabrication des téléphones cellulaires et du Blackberry. La violence brutale qui règne en République démocratique du Congo, dont le viol systématique des femmes est une manifestation, est un moyen de prendre le contrôle des ressources minérales du pays. Un article paru récemment dans le Guardian rapportait ce qui suit :

Des sources publiques et privées rapportaient récemment au sujet des régions extractives secouées par les conflits les plus violents, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, que le lien entre les ressources minérales et la violence, surtout la violence sexuelle endémique, persiste.

Je vous le dis, honorables sénateurs, et ce n’est pas pour vous mettre mal à l’aise. Je veux seulement vous montrer qu’il ne s’agit pas de violences sans aucun rapport avec nous qui se produisent dans un pays loin de nous. Nous sommes tous liés à ce conflit par notre consommation de matières premières. Peut-être bien que nos téléphones cellulaires et nos BlackBerry en sont un rappel.

La situation des femmes dans de nombreux endroits dans le monde nous rappelle simplement jusqu’à quel point l’homme est prêt à s’abaisser. L’inhumanité de l’homme vis-à-vis de sa race continue d’être un des éléments les plus perturbants de notre vie collective. N’oublions pas, quand on pense aux actes brutaux qui se poursuivent sans répit dans la République démocratique orientale du Congo, des actes dirigés en particulier contre les femmes, qu’il ne s’agit pas d’un conflit isolé en Afrique, mais plutôt du signe qu’il existe un problème plus vaste avec lequel nous avons tous quelque chose à voir, mais que nous ignorons et c’est honteux.

Honorables sénateurs, je vous demande, si ces jeunes femmes, en fait, des enfants pour nombre d’entre elles selon nos critères, qui sont systématiquement et brutalement violées, si ces femmes étaient blanches, le monde continuerait-il à ignorer le problème?