Exposé d’Eve Ensler
Groupe parlementaire multipartite pour la prévention du génocide et d’autres crimes contre l’humanité
Le 28 avril 2009
Parlement, Ottawa Centre, Canada
Exposé d’Eve Ensler
Je me présente ici aujourd’hui parce que vous — LE GOUVERNEMENT CANADIEN — avez une occasion unique de mettre un terme à l’une des plus graves crises humanitaires des temps modernes. Vous n’êtes pas les États-Unis. Vous n’êtes pas l’Europe. Partout dans le monde, vous êtes reconnu pour votre sens de la justice et votre générosité. Vous avez acquis une énorme réserve de bonne volonté au niveau international qui vous permettrait de devenir audacieux et de prendre les commandes. Vous êtes peut-être prédestinés à inspirer la communauté internationale et à l’inciter à mettre un terme au pire génocide et fémicide des dix dernières années. Comme certains d’entre vous le savent peut-être, ma pièce Les Monologues du Vagin (The Vagina Monologues) m’a plongé dans le monde de la violence faite aux femmes et aux filles. Partout où j’ai voyagé avec ma pièce, j’ai vu défiler de nombreuses femmes qui venaient me raconter leurs agonies et leurs humiliations, les viols, l’inceste, les coups et les mutilations dont elles avaient souffert. C’est à cause de cela que voilà plus de 11 ans nous avons créé le Jour-V (V-Day), un mouvement mondial visant à mettre fin à la violence faite aux femmes et aux filles. À ce moment-là, le mouvement s’était répandu comme une traînée de poudre dans 120 pays, en recueillant au passage près de 70 millions de dollars grâce aux efforts des militants locaux de la lutte contre la violence d’un peu partout sur la planète. Cette année, il y a eu 4 000 activités entourant uniquement le Jour-V qui se sont déroulées dans 1 400 endroits différents et 1 000 séminaires sur la situation au Congo. Je vous dis tout cela pour que vous compreniez que depuis 11 ans je suis allée dans plus de 60 pays. J’ai visité et revisité des « mines du viol » dans le monde, entre autres en Bosnie, en Haïti et en Afghanistan, sur des campus de collèges et dans des communautés un peu partout en Amérique du Nord. En fait, partout où je suis allée, j’ai entendu des histoires de violence faite aux femmes et aux filles chaque heure de chaque journée pendant plus d’une dizaine d’années. Une femme sur trois, vivant sur cette planète, sera violée ou battue durant sa vie. Je suis venue ici pour vous dire que je n’ai jamais entendu ou vu quelque chose d’aussi terrible que ce qui se passe actuellement dans la République démocratique du Congo. Lorsque je suis revenue de mon premier voyage là-bas, il y a près de deux ans, j’étais brisée. J’étais entrée dans une zone inconnue de mon esprit. Je ne suis pas certaine de pouvoir jamais en sortir. Après mon retour alors que j’étais encore sous le coup du choc initial, je n’écoutais pas ceux qui disaient que le monde n’était pas intéressé par le Congo, tous ces survivants et ces activistes que j’avais rencontrés à Bukavu et à Goma qui travaillaient depuis des années avec leurs homologues de la diaspora congolaise dispersée un peu partout dans le monde. Des gens comme M. Mukwege, un homme plus près d’être un saint que toutes les personnes que j’ai déjà rencontrées. Ce médecin congolais, obstétricien et gynécologue, fondateur de l’hôpital Panzi à Bukavu, qui pendant 12 ans a recousu des vagins de femmes et de petites filles aussi rapidement que les miliciens les déchiraient. Cet homme qui m’a raconté que des représentants de la communauté internationale viennent faire un tour, mangent des sandwiches et pleurent, mais ne reviennent plus. J’étais insensible au cynisme et doute comme tout nouveau zélote qui en veut. C’était juste un malentendu. Le monde avait seulement besoin d’être bien informé. Aucun gouvernement de ce monde, aucun dirigeant, aucun organisme des Nations Unies ne pouvait tourner le dos devant cette situation, s’asseoir et ne rien faire après avoir entendu ce que j’avais entendu, vu ce que j’avais vu. En 12 ans, 6 millions de Congolais sont morts, 250 000 Congolais ont été déplacés, des centaines de milliers de femmes et de jeunes filles ont été violées et torturées, des bébés âgés de six mois seulement et des femmes de 80 ans ont eu leurs entrailles déchirées. Personne ne pouvait véritablement ignorer ce fémicide — la destruction systématique planifiée et l’anéantissement de la population féminine utilisés comme tactique de guerre pour vider des villages, piller les mines de coltan ou d’étain et éroder le tissu de la société congolaise. Personne ne pouvait tourner le dos à Beatrice, une jolie jeune femme mince et élancée qui a été trouvée dans la forêt après qu’un soldat ait tiré un coup de fusil dans son vagin. Ses organes ont été remplacés par des tubes. Ou Lumo qui a été violée par plus de 50 hommes au cours d’une seule journée et qui a toujours un problème de fistule obstétricale. Ou Honorata qui a été amenée par des miliciens et attachée à une roue, la tête en bas, puis violée et violée encore par tellement de soldats qu’elle n’a pu les compter — ils l’appelaient « la reine ». Ou encore Sowadi qui a regardé les soldats étrangler ses enfants et leur fracasser le crane, puis qui a été forcée de regarder l’enfant à naître de sa meilleure amie arrachée de son ventre après quoi elles ont été obligées de manger le bébé mort qu’on avait cuit sinon on les aurait tuées. Et ça continue; des femmes qui ont été violées pendant qu’elles regardaient leurs maris se faire massacrer, des femmes obligées de regarder leurs filles se faire violer, des fils forcés de violer leurs sœurs et leurs mères, des maris obligés de regarder leurs femmes se faire violer, des fils se faire violer. Tout cela s’est produit pendant 12 ans et ça se produit encore maintenant pendant que je vous parle. Je pensais que le seul fait de raconter ces histoires, de dire ces mots serait suffisant pour inciter les gens de pouvoir à passer à l’action. Pendant deux ans, j’ai prononcé ces mots à Downing Street, devant le Sénat à Washington D.C., à un ministère à Paris. J’ai rencontré des parlementaires au Congo, à Paris, à Londres, à Bruxelles. J’ai rencontré des premières dames à Londres, au Congo, en Californie, à Paris. J’ai me suis présentée à maintes reprises aux Nations Unies. J’ai eu une rencontre face à face avec le Secrétaire général, témoigné devant le Conseil de sécurité, dîné avec des ambassadeurs, pris le thé avec des épouses d’ambassadeurs (selon moi le groupe le plus actif au sein des Nations Unies), rencontré le sous-secrétaire général pour les affaires humanitaires, la directrice du Fonds de développement des Nations Unies pour la femme, l’organisme Stop Action des Nations Unies, le Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme. Avec beaucoup d’autres, j’ai plaidé pour qu’on envoie plus de casques bleus et demandé encore et encore quand les 3 000 soldats désignés, supposément en route pour la RDC, vont-ils enfin se montrer? Quand les puissances vont-elles faire jouer leur force diplomatique pour le meilleur intérêt du peuple congolais en prônant une solution politique au plus gros conflit depuis la Seconde Guerre mondiale? J’ai senti comme une léthargie meurtrière dans les allées du pouvoir. J’ai entendu des députés européens dire qu’ils n’en avaient même pas entendu parler. J’ai connu plusieurs situations où le service du protocole était plus important que de sauver des vies humaines. On m’a fait des promesses vides et menti en pleine face. J’ai attendu pendant que ceux qui ont le pouvoir de changer cette situation se démènent à travers les dédales de la bureaucratie et de la hiérarchie. Des mois et des mois ont passé et toujours rien. Puis quand il est déjà trop tard, des plans mal conçus, élaborés dans les antichambres sont appliqués à la va-vite, en produisant encore plus de violence et de viols. Mais ils sont quand même qualifiés de succès par la communauté internationale. On n’a qu`à penser aux récentes opérations militaires conjointes menées en janvier par les troupes congolaises et rwandaises contre les troupes du FDLR (crée par les génocidaires hutus qui se sont réfugiés au Congo), qu’on voit déjà en occident comme un succès. Un succès pour qui? Nous savons que cette action s’est soldée par un échec, alors qu’au lieu de neutraliser les forces du FDLR, elle n’a réussi qu’à les disperser et les pousser à s’adonner sans retenue au viol et au pillage. Il existe maintenant une liste de personnes à abattre visant ceux qui ont agi contre eux. Selon des groupes de défense des droits de la personne, des centaines de femmes ont été violées et autant de villageois ont été tués au cours des deux derniers mois par les rebelles et les forces gouvernementales dans la zone instable du Congo oriental — là, on ne parle que des cas répertoriés — nous savons que la réalité est bien pire. Il y a aussi des cas documentés de graves abus commis par l’armée congolaise. Les femmes avec lesquelles nous avons travaillé à l’hôpital Heal Africa de Goma nous ont signalé que 500 femmes violées leur arrivaient chaque mois depuis le mois de janvier. Le dernier rapport du Secrétaire général mentionne qu’un millier de femmes arrivent chaque semaine dans les hôpitaux – cela signifie que 36 femmes sont violées chaque jour. Aujourd’hui, toute la région du Sud-Kivu est sous tension et ses habitants ne dorment plus dans l’attente de la prochaine incursion cauchemardesque. Même les représentants de la MONUC ne se cachent pas pour dire qu’ils ont peu d’espoir que la situation se stabilise. Lors d’une récente séance d’information sur la sécurité dans le Sud-Kivu, un colonel a publiquement déclaré que l’opération conjointe de la MONUC et de l’armée congolaise sera un gros échec qui se terminera probablement par une terrible tragédie parce que la stratégie, le soutien logistique et le financement pour payer les soldats faisaient défaut, sans mentionner que l’immensité et la densité de la forêt en faisaient un terrain d’où il est peu probable de sortir victorieux. Même Alan Doss, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en RDC, a admis à la station Radio Okapi qu’il avait besoin de beaucoup plus de soldats pour que la mission puisse réussir. Ce que ces politiques ou stratégies nous montrent (si nous pouvons les appeler ainsi, puisque des stratégies supposent généralement qu’on a une idée des objectifs et des conséquences) et ce que les politiques des dix dernières années semblent indiquer, sont une profonde indifférence et un mépris scandaleux à l’égard des vies du peuple congolais, en particulier des femmes et des jeunes filles vivant dans la zone de conflit. Il se trame quelque chose de sinistre. J’étais en Bosnie pendant la guerre en 1994 lorsqu’on a découvert l’existence de camps du viol et que des milliers de femmes avaient été violées à des fins stratégiques. J’ai été témoin de la réaction rapide de la communauté internationale ou du monde occidental. Après tout, c’était des Européennes blanches qui avaient été violées. Cela n’a pris que deux ans pour qu’il y ait une intervention rapide. Cela fait maintenant 12 ans que le même genre de situation se produit en RDC. Des centaines de milliers de femmes et de jeunes filles ont été violées et torturées. Je crois maintenant qu’il ne s’agit pas seulement de conséquences du terrible héritage laissé par le colonialisme génocidaire en RDC, l’essence de ce mal réside maintenant dans l’ADN même des pires auteurs de ces crimes, mais ce qui est encore plus inquiétant est que le Congo est devenu non pas le « cœur des ténèbres », mais le « cœur du racisme » — l’endroit où se sont manifestés l’indifférence et le mépris du monde à l’égard du peuple noir et surtout à l’égard des femmes noires. Je ne peux pas vous dire le nombre de fois que des gens m’ont dit que j’étais folle de croire que le Congo pouvait être sauvé, que c’est un endroit condamné et maudit, comme s’il y avait maintenant un endroit sur la planète dont le destin était d’échouer. Le problème est que des êtres magnifiques, gentils, affectueux et en grand besoin y vivent. Est-ce parce que les puissances sont plus intéressées par le pouvoir, les ressources et l’argent? Est-ce parce que le coltan, cette substance minérale qui permet à nos téléphones cellulaires et à nos ordinateurs de fonctionner, est plus important que le corps physique et l’âme des petites filles congolaises? Des compagnies minières canadiennes ont investi des sommes importantes en RDC et j’ai bien peur qu’elles fassent passer leurs intérêts économiques avant les corps des femmes. Il y a une scène déchirante dans le livre J’ai serré la main du diable de Roméo Dallaire, dans laquelle les soldats français sont en train de faire monter des expatriés après le déclenchement de la guerre rwandaise. M. Dallaire raconte ce qui suit : « Des centaines de Rwandais s’étaient rassemblés pour regarder tous ces hommes d’affaires blancs, ces membres d’ONG et leurs familles se préparant à partir précipitamment. J’ai vu avec quelle agressivité les Français ont repoussé les Rwandais noirs qui cherchaient un asile. Un sentiment de honte m’a alors envahi. Les Blancs qui avaient fait leur argent au Rwanda et qui avaient engagé tant de Rwandais pour qu’ils deviennent leurs serviteurs et leurs ouvriers étaient en train de les abandonner. Leur intérêt personnel et l’instinct d’autoconservation primaient. » Quelle est la différence avec la situation actuelle du Congo? Nous, Occidentaux, avec nos téléphones cellulaires et nos consoles de jeux vidéo remplis de minéraux extraits en passant sur les corps des femmes. Nous, Occidentaux, qui laissons les femmes vivant en forêt se faire violer et torturer, nous sommes dominés par nos intérêts personnels, nous sommes dominés par le racisme. Est-ce le sentiment de culpabilité qu’éprouvent les Britanniques et les Américains, à la suite de leur malheureuse inaction au Rwanda (qui a permis le génocide), qui leur donne maintenant une excuse pour fermer les yeux sur le rôle joué par le Rwanda dans le fémicide et les meurtres des Congolais? Est-ce tout simplement parce que les Nations Unies et la plupart des gouvernements sont dirigés par des hommes qui n’ont jamais su comment on peut se sentir lorsqu’on se fait enfoncer et déchirer le vagin par une baïonnette ou qui n’ont jamais perdu une vessie et un rectum, puis de rester assise dans une odeur nauséabonde, seule et loin de tout, pendant des mois à attendre de se faire poser un sac pouvant recevoir leur urine et leurs excréments? Est-ce parce qu’ils ne se laissent pas imaginer à quoi cela peut ressembler? Ou bien est-ce que parce que ceux qui exercent le pouvoir en sont venus à tellement normaliser la violence faite aux femmes que rien de cela ne les choquent ou les dérangent? Est-ce parce qu’ils savent que pour continuer à exercer le pouvoir, maintenir leur puissance, cette violence doit se poursuivre? Ce qui se passe actuellement en RDC est la pire violence faite aux femmes dans le monde. Si nous laissons faire, si ces exactions continuent en toute impunité, un nouveau précédent sera établi, une nouvelle norme qui élargira les limites de ce qui est permis de faire aux femmes en matière de violence au nom de l’exploitation et de la cupidité partout dans le monde. C’est déjà en train de s’étendre. Seulement cette semaine, j’ai reçu un courriel rapportant que des soldats congolais kidnappaient et vendaient des jeunes filles congolaises âgées de 12 à 16 ans à des soldats angolais. Ces crimes faits en toute impunité envoient un message au reste du monde disant que les corps des femmes et des enfants seront les nouveaux champs de bataille sur lesquels les petites guerres se feront. Cela nous dit que la communauté internationale est prête à sacrifier les femmes et les jeunes filles africaines pour obtenir les ressources dont elle a besoin. Et nous nous doutons bien qu’à mesure que les ressources deviennent plus précieuses, de plus en plus de femmes, d’abord les pauvres et les marginalisées, puis les autres seront sacrifiées. Les femmes du Congo sont les plus fortes et les plus résilientes du monde. Elles doivent être en mesure de se protéger par elles-mêmes. Nous devons former et payer un corps de police de brousse composé de femmes congolaises dans le cadre d’un nouveau plan de sécurité exclusif. Nous devons remplir notre rôle en ce qui concerne le pillage des minéraux et demander aux compagnies qui acheminent ces minéraux de s’assurer qu’elles fabriquent et vendent des produits qui ne sont pas entachés par les viols. Mais surtout, nous devons aider la RDC à se doter d’une infrastructure qui permettra au peuple congolais d’être maître de sa destinée. Au cours de notre campagne Stop au viol de notre ressource la plus précieuse : le pouvoir aux femmes et aux filles de la RDC, des femmes de la région, avec l’aide du mouvement Jour-V (V-Day) et l’Unicef, tentent de lancer un mouvement de femmes qui je l’espère permettra de créer un avenir meilleur pour la RDC. Ces femmes ont commencé à briser le silence, à informer leurs familles de leurs droits, à les renseigner sur leur sexualité, sur la façon de demander justice, à manifester, à bâtir une Cité de la Joie, un centre pour aider les survivantes qui deviendront les nouveaux dirigeants de la RDC. Je vous le dis, ces femmes, je sais qu’elles sont l’avenir du Congo. Jusqu’à aujourd’hui, ces femmes du peuple congolais ont réussi à faire vivre leurs communautés grâce au commerce et au travail non structurés. Je pense que si on leur donne la possibilité d’occuper des postes décisionnels dans le gouvernement congolais, ces femmes pourront apporter les changements économiques et sociaux dont la RDC a besoin. Nous avons besoin de responsabilisation. Nous devons mettre fin à cette guerre. Ces femmes doivent être indemnisées et amenées autour de la table des pourparlers de paix. Je me présente ici aujourd’hui par solidarité avec mes soeurs congolaises qui demandent au gouvernement de la RDC, à la communauté internationale et aux partenaires bilatéraux de soutenir de programmes à long terme visant à renforcer l’établissement d’une culture démocratique et le respect des institutions gouvernementales avec le concours d’acteurs nationaux et internationaux oeuvrant en RDC. L’état continuel d’impunité et d’insécurité dans lequel se trouve en particulier l’Est de la RDC, est en train de détruire des communautés, des familles et des vies. 60 ans après la Déclaration universelle des droits de l’homme, 30 ans après la création du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), huit (8) ans après l’adoption de la Résolution 1325 par le Conseil de sécurité des Nations Unies et par solidarité pour dignité du peuple congolais, mes soeurs congolaises et le réseau mondial de leurs alliées demandent au Conseil de sécurité des Nations Unies ce qui suit :
- Mettre un frein à l’impunité qui ne fait que prolonger l’instabilité et l’injustice, et qui expose les femmes aux dangers d’un conflit renouvelé;
- Accroître les efforts consentis dans l’Est du Congo et dans la région avoisinante afin de couper le pouvoir des groupes de rebelles armés et envoyer un message clair disant que l’emploi de a violence ne fonctionne pas;
- Dénoncer l’exploitation des ressources naturelles à l’échelle internationale comme étant la véritable cause de la guerre et des atteintes aux droits de l’homme en DRC;
- Sanctionner les compagnies internationales qui contreviennent aux directives de l’OCDE et violent les droits humains en DRC;
- Adopter des règlements internationaux qui tiendront responsables ceux qui aux seuls fins de faire du profit provoquent des guerres et entretiennent des conflits;
- Faciliter les dialogues de réconciliation nationale entre les groupes ethniques dans ces pays afin de rétablir la sécurité humaine et la paix dans la région des Grands Lacs d’Afrique;
- Accueillir les survivantes de la violence sexuelle pour qu’elles puissent témoigner publiquement devant la Cour criminelle internationale et leurs Parlements locaux, afin que l’horreur vécue par ces survivantes de la violence sexuelle depuis le début des agressions puisse être reconnue;
- Établir des règles précises en ce qui concerne la punition décernée par la communauté pour les crimes de viol.
Seule la fin des conflits armés permettra de rétablir la primauté du droit, garantissant la sécurité pour tous, et facilitera l’éducation et le développement en RDC. Nous prions la communauté internationale de réagir très rapidement à la crise qui sévit en DRC et d’aider les femmes à participer et à se préparer à être représentées aux élections de 2011. Je sais que les bons citoyens du monde — ceux qui sont informés — sont préoccupés par le sort des femmes du Congo. Au cours des derniers mois, j’ai vu des milliers de personnes sensibles à la situation, qui se sont mobilisées pour recueillir des fonds, s’informer et informer leurs collectivités sur les horreurs qui continuent à se produire. Mais que font les grandes puissances? Je demande au gouvernement canadien de guider le monde. Agissez. Faites en sorte que cela devienne votre mission. Pendant que j’écrivais ces observations, j’ai rêvé que je parlais une autre langue. J’ai rêvé que j’étais capable de concevoir une phrase, d’assembler un groupe de mots qui convaincrait que la non-violence pouvait se frayer un chemin à travers les barrières de la dénégation, de l’apathie et du désengagement qui composent le masque nous empêchant de voir le racisme et le sexisme en nous et autour de nous. J’ai rêvé que j’avais découvert un son tellement fin, clair et dérangeant qu’il pouvait mettre le problème à vif pour tout le monde. Imaginez si vous voulez que je suis un cri. Imaginez que je ne peux arrêter de crier. Imaginez les milliers de femmes du Congo qui ont arrêté de crier parce qu’elles ne croient plus pouvoir se faire entendre. Imaginez que vous êtes dans votre maison et que vous êtes amenée de force et que vous regardez votre fille qui est issue de vos entrailles se faire kidnapper et violer par des gangs et que votre mari que vous aimez depuis 20 ans se fasse tirer dans la tête et que pendant que tout cela arrive d’autres hommes enfoncent des bâtons dans votre vagin avec de l’essence puis y mettent le feu. Imaginez que même à ce moment-là vous ne criez pas parce que ce n’est pas la première fois. Cela vous est déjà arrivé et personne n’était venu vous secourir. Si je parlais cette langue, les mots auraient de la résonance et après que nous aurions repris notre souffle et tenté de retourner à nos petites vies confortables ou presque, ces mots nous hanteraient, et pendant que nous savourerions tranquillement notre café au lait et que nous nous ferions du souci pour notre carrière ou pour nos nouvelles tuiles de plancher ou sur le fait d’être invité ou pas à une soirée, les mots de cette langue nous feraient voir que tout cela n’est que balivernes et que la vie ne pourra retrouver son sens tant que nous entendrons les cris et les pleurs de ces femmes. Cette langue serait la nôtre. Ce serait le langage des humains et nous saurions à travers celle-ci que les femmes et les jeunes filles de l’Est du Congo sont en train de mourir et que pendant qu’elles meurent, nous, en tant qu’humains, mourons aussi à cause de notre ignorance volontaire qui a permis à l’horreur et à la cruauté de s’étendre au-delà des frontières. Rien ne pourrait alors vous arrêter parce que vous sauriez que la mort d’une petite fille congolaise serait comme si c’était la vôtre qui mourait. La mort d’une mère congolaise serait comme la mort de votre propre mère. Je suis en quête de cette langue. Je cherche un moyen de vous atteindre, de vous toucher. Prenez les moyens que vous pouvez et mettez votre énergie au service des femmes du Congo. Elles sont notre plus grande ressource et elles ont besoin que les ressources de leur pays leur reviennent. Elles ont besoin que le monde cesse de voler, de violer et de piller leurs terres, leurs esprits et leurs corps. Elles ont besoin que nous soyons derrière elles. Elles n’ont pas besoin qu’on leur dise quoi faire, ni qu’on les recolonise avec nos bonnes intentions, mais que nous suivions et appuyons leur marche et le droit qu’ils ont à leur pays et à leur avenir. Cet endroit où les femmes subissent la pire violence faite aux femmes sur la planète, où la cupidité des compagnies, la consommation associée au capitalisme et le viol des femmes ont fusionné en un cauchemar unique. Cet endroit, où existe la plus grande noirceur, a le potentiel pour produire la plus éclatante lumière. Aidons le Congo à devenir l’endroit où on aura mis un terme au fémicide, cette mode rétrograde qui est en train d’éviscérer outrageusement cette planète — à commencer par la flagellation pratiquée au Pakistan et les nouvelles lois permettant le viol en Afghanistan, jusqu’aux viols effrénés pratiqués au Darfour, en Haïti, en Afrique du Sud, au Guatemala, au Kenya et au Zimbabwe, aux assassinats collectifs de Juarez, à la violence quotidienne et aux viols commis dans des familles dans toutes les cités, les villes et les villages en Amérique du Nord et en Europe, jusqu’à la vente et le trafic des personnes, l’asservissement, le harcèlement, les brûlures à l’acide, l’excision et les meurtres commis pour sauver l’honneur partout sur cette planète. Faisons en sorte que le Congo devienne l’endroit où les femmes seront enfin appréciées à leur juste valeur, où la vie sera respectée, où l’humiliation et la subjugation viendront à disparaître. Je vous exhorte avec mes mots qui sont limités : CONCENTRER VOTRE ATTENTION SUR CE QUI SE PASSE LÀ-BAS. Eve Ensler
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